RECENSION

 

LA PUISSANCE D’HUMANITE :

du néolithique aux temps contemporains

ou

LE GENIE DU CHRISTIANISME

 

AVANT PROPOS 

            En nous intéressant à cet exercice, nous n’avons nullement pas l’intention de nous livrer à une autre approche encore plus ardue à savoir, celle de l’intertextualité. A cet effet, nous  ne doutons  pas de laisser certains de nos lecteurs sur leur soif, eu égard  aux limites que peut présenter toute étude abordée par chacun de nos auteurs ! Voilà pourquoi d’une part, nous reprenons à la fin de chaque recension une bibliographie conséquente et d’autre part, nous venons de créer une plateforme d’échanges (dp.recension-jgr-@yahoogroupes.fr) pour aller plus loin quant aux opinions et/ou questionnements exprimés et relatifs à la problématique abordée.


INTRODUCTION          

                        Cet auteur l’affirme haut et fort qu’il n’est ni croyant et même pas   catholique. En ce moment ou certains s’agitent dans une manœuvre visant à encourager les débaptisassions, discours qui fait le lit de certaines croyances manipulatrices et extrémistes, cette analyse de reconnaissance du bienfait du christianisme, sortie de la bouche d’un intellectuel de haut rang est tout simplement encourageant, gratifiant et s’ajoute à cette puissance d’humanité qu’il défend!

            Livre d’Yves ROUCAULT, éd. François-Xavier de Gulbert, 2011, ISBN : 978-2-7554-0451-7, 440p. L’auteur est agrégé de philosophie, docteur d’Etat et agrégé de sciences politiques. Professeur des Universités  à la Faculté de droit de Paris X-Nanterre. Membre des cabinets ministériels, il est président du Conseil scientifique de l’INHEM.

 

I- CONTENU

        Par son livre, il raconte une histoire, il dit les valeurs universelles, l’histoire finalisée, le sens de l’incroyable odyssée de la puissance d’humanité depuis le néolithique jusqu’à nos jours. La clef de cette odyssée, il la trouve dans les grandes spiritualités humanistes : JUDAÏSME, HINDOUISME, BOUDDHISME, CONFUCIANISME, SHINTOÏSME, ISLAM. Et plus encore, dans le CHRISTIANISME.

 

         1.1.- a propos  de l’inhumaine humanité

 Pour cet auteur, on ne peut parler de sentiment d’humanité chez nos ancêtres du néolithique (entre 9000 et 3300 ANC) en passant par la protohistoire à l’âge du cuivre. C’est avec les temps contemporains, en refoulant la pensée  magico-religieuse qu’un semblant de sentiments d’humanité apparaît. D’ailleurs, le rituel anthropophagique au paléolithique et qui persiste au néolithique et à travers certaines pratiques telles que l’exocannibalisme et l’endocannibalisme n’étaient pas de nature à favoriser l’émergence d’un quelconque sentiment d’humanisation !

   

         1.2.- puissance d’humanité face aux trois idoles de la modernité


II- TEMOIGNAGE

        « Je ne suis pas catholique, mais qu’y puis-je si, à chaque découverte de l’intelligence, cette Eglise apparait plus admirable encore ? Faudrait-il avoir honte d’une spiritualité qui célèbre sans laxisme depuis des siècles la puissance d’aimer au nom de la puissance d’humanité ? La mode n’est pas de mon côté, le politiquement correct moins encore, seulement la recherche de la vérité »

        C’est en trois étapes que cet auteur met en évidence le génie du Christianisme ayant contribué d’une manière déterminante à définir les contours de cette puissance d’humanité : 

        è l’esprit chrétien de la Renaissance contre la Raison idolâtre ;

        è l’affrontement du christianisme à l’Etat idolâtre et des fausses lumières ;

        èet enfin, l’opposition du christianisme aux mercantilistes pour abolir l’esclavage et le colonialisme.

       

III-VISION HUMANISTE ET PORTEUSE DU SENS

        Un texte œcuménique, qui piste en même temps que les vraies valeurs Lumières, l’itinéraire de ces moines du Moyen Age qui sauvèrent le savoir antique contre les Barbares, de cette Eglise qui inventa la gratuité de l’école, les universités, la tolérance, la solidarité sociale, la paix d’humanité. Quelle merveille de voir le soutien chrétien aux sciences, Copernic compris, aux grandes découvertes, à l’inquisition même, parfois détournée, pour imposer le droit ! Enfin, se trouve rappelé l’esprit chrétien de la Renaissance, de l’abolition de l’esclavage, de la délivrance de Dreyfus et de l’opposition à la guerre14-18…

        Et le philosophe ne dit pas seulement le crépuscule des idoles de l’état, du Marché et de la Raison. Contre postmodernes et politiquement corrects, il salue les temps contemporains. Il exige d’aller plus loin, au-delà du juste et des droits, vers la fraternité, le développement durable, la paix d’humanité et la Cité de la compassion.

         Une façon de dire l’avènement de l’universel  Aimer.

         Ce livre raconte donc une histoire. A l’heure où les intellectuels de la droite païenne et de la gauche matérialiste n’ont plus rien à dire, sinon le relativisme, la fin des récits et la mort du sens, ce livre dit les valeurs universelles, l’histoire finalisée, un sens. Le sens de l’incroyable odyssée de la puissance d’humanité depuis le néolithique, de cet incroyable progrès moral qui semble emporter l’humanité vers elle-même, vers la fraternité.

        Contre toute une culture issue de la haine sociale du XIXe siècle, il l’affirme sans ambages : toute l’histoire de l’humanité, jusqu’à présent, n’a été que l’histoire de la conquête de son humanité.

        Certes, il est arrivé à nombre de chrétiens de violer cette exigence d’universel Aimer, mais condamne-t-on un groupement humain, nation, ethnie, cité, Eglise , corporation… pour ceux qui en violent les règles ? Que l’on me montre une autre spiritualité qui justifie d’engager la guerre juste non seulement pour se défendre soi-même ou les siens, mais pour libérer les autres, un peuple, une minorité, un individu humain, quand il n’est plus d’autres solutions ? Car pour la philosophie chrétienne, et c’est le signe de sa différence avec la haute spiritualité juive, tout humain souffrant est indistinctement un FALASHA , « un exilé » de la terre d’humanité. Que l’on me montre une autre spiritualité qui sache punir sans faiblesse, mais aussi tendre la main, au lieu de se venger quand le criminel regrette avec sincérité son acte ? Qui est capable d’aller au-delà des intérêts, du juste même, donnant sans contre-don à l’ennemi vaincu pour éviter de nourrir la haine et le conflit ?

        En ce début du XXIème siècle, ce rôle de l’Eglise est encore plus préoccupante et ce Pape que l’on attendait pas, Benoit XVI et ce, malgré les dures épreuves que traverse l’Eglise voudrait aller encore plus loin car, il cherche que son Eglise se soumette en plus à une sorte de purification fondamentale…, il s’agit selon lui de montrer Dieu aux hommes, de leur dire la vérité. La vérité sur les mystères de la Création. La vérité sur l’existence humaine. Et la vérité sur notre espérance, au-delà même de notre seule vie sur terre

 

IV- la puissance d’humanite sauve dreyfus  en affrontant le paganisme et l’ideologie antisemite de la gauche revolutionnaire

        En vérité, le christianisme ne fut pas le complice des crimes, mais son antidote affirme cet auteur Roucaute. Il sauva Dreyfus et s’opposa dès l’origine aux thèses antisémites et racistes développées dans la culture païenne et propulsées par les révolutionnaires socialistes qui inventèrent un antisémitisme et une christianophobie révolutionnaires au nom du peuple et de la race aryenne, conditions de leur projet révolutionnaire. La puissance d’humanité posa ainsi les jalons de ce qui allait lui permettre d’abattre les totalitarismes athées nés dans les caves de l’extrême gauche.   

        Dans ce livre l’auteur précise que quand l’être est réduit à l’avoir, quand le bien de la cité se mesure à ses richesses, quand les droits de l’individu effacent ceux de l’humain, l’être humain se mesure, il vaut, donc il ne vaut rien !  

        Le message du Christianisme qui se trouve résumé par « AIMER » en affirmant qu’en son fils, qui a assumé toute pauvreté en épousant la misère humaine, le salut déjà donné peut être accueilli par toute liberté. Il ne peut cependant y avoir liberté sans paix ! Comment alors penser la paix sans développement durable? Et comment penser le développement durable sans réorienter les œuvres de l’intelligence créatrice, scientifique, technique et pratique selon l’Aimer ?  

CONCLUSIONS

        Finalement, à vrai dire, la nouveauté du christianisme ne  pas à chercher ni dans ses rites et encore moins dans ses institutions, qu'il hérite d’ailleurs de son milieu d'origine, mais plutôt dans la proclamation que, par la mort et la résurrection de Jésus, Dieu a jugé le monde et qu'une nouvelle création a commencé. Ce que symbolise désormais les rites traditionnels du baptême et du repas sacré qui disent aussi leur efficacité actuelle comme l’affirme aussi Justin Taylor, dans son livre « d’où vient le Christianisme ? ». En tout cas, la réflexion de  l’historien et l’espérance du chrétien se conjuguent pour montrer que Dieu, autrefois moins vivant qu’on ne l’a cru, est aujourd’hui moins mort qu’on ne le dit !    La fin de la courte vie de Jésus, le Christ sur terre se résume par AMOUR et PARDON. L’amour l’a conduit à la croix, mais c’est sur cette même croix qu’en demandant pardon pour ses bourreaux, il transforme l’objet d’HUMILIATION, de HONTE, de HAINE et de VIOLENCE, la CROIX en un objet de VICTOIRE et de réconciliation des peuples ! Bref, pour Jésus, le Christ plutôt que de prendre la vie des autres, il préféra donner la sienne. Bref, toute église qui se dit de Jésus-Christ et qui n’applique pas ce principe fondamental de la chrétienté devrait se remettre en question.

        Ce qu’il faut retenir de ce livre est qu’à chaque dépassement de soi vers cet au-delà du juste, du pardon, de la compassion, vers cette clairière éclairée par les vraies lumières, devient une façon de retrouver le grand message de l’Abbé Guillaume de Saint-Thierry (1075-1148) et l’Abbé Pierre (né Henri Marie Joseph Grouès, 1922-2007) : « l’art des arts » est l’art d’aimer. Au fait, quand la clairière de l’Être se découvre à nous comme clairière de l’Aimer, il importe peu de savoir le nom donné à cet Aimer qui éclaire le monde.  

 

Bibliographie

Holbach (d’) P.H., T. 2006. Le christianisme dévoilé ou examen des principes et des effets de la religion chrétienne, Paris, Coda, 2006.

Kant, E., 1948. Projet de Paix perpétuelle, Paris, Vrin.

Riboni E. et Th. Paine, 2004. Les Crimes du Christianisme 2000 ans de crimes, terreur, répression : analyse d’Enrico Riboni (athée, libre-penseur) des textes  de Thomas Paine : "Croire en un Dieu cruel rend l'homme cruel"

Taylor J., 2011. D’où vient le Christianisme. Ed. Le Cerf « Lire la Bible » 208p.

Tresmontant, C., 1961.La métaphysique du Christianisme et la naissance de la philosophie chrétienne, Paris, Seuil, 1961.