RECENSION

 

PAUL DE TARSE: "Un homme aux prises avec Dieu "

Résumé de ce livre de   DANIEL DE MARGUERAT (Editions du Moulin,1999 SA

CH-1041 Poliez-le-Grand (Suisse)

Présenté par

Pr. Muzigwa KASHEMA  J.- Gratien (Diacre permanent)

Chercheur et enseignant

 

Introduction

 I- PAUL, L’enfant terrible du Christianisme

La réputation de Paul, n’est plus à démontrer. Bien qu’il fut pour longtemps, le mal-aimé du christianisme, l’Occident chrétien n’en finit pas de régler ses comptes avec un apôtre auquel pourtant, il doit sa foi.

En effet, il faut reconnaître que sans lui, sans son génie à formuler les vérités essentielles du christianisme, la chrétienté serait demeurée une secte obscure. Mais, au fait, Paul s’est trouvé là, homme providentiel s’il en est, en ce lieu-carrefour où le christianisme s’est ouvert à l’universel.

Les ennuis de Paul, ce juif, intellectuel de haut rang commencent lorsqu’il troque la pure religion de cœur, enseignée par Jésus, contre un système doctrinal compliqué et tortueux. Bref, cet homme, devenu renégat du judaïsme irrite et ses propos sont même compris à l’envers de ce qu’ils veulent vraiment dire !

Cependant, l’on peut affirmer que les références à Paul sont incontournables, à nôtre époque, pour des raisons suivantes :

1- Cet homme a eu un parcours personnel surprenant qui l’a fait passer du statut d’ennemi du mouvement de Jésus à celui d’ami (HOMME A L’HISTOIRE SIPIRITUELLE CASSEE EN DEUX);

2- Avec lui, l’entreprise missionnaire d’une envergure sans précédent s’est déroulée aux débuts du christianisme. Au fait, on peut se demander si en se retrempant dans l’audace et les défis du commencement ne ferait pas du bien à notre christianisme fatigué (UN PASTEUR AUX OUAILLES UNIVERSELLES) ;

3-Cet apôtre auto proclamé a pensé la doctrine chrétienne. Il a réfléchi à l’existence croyante car, jamais avant lui on avait exprimé avec autant de profondeur ce qu’est la GRACE, ce qu’est le PECHE et enfin ce qu’est la LIBERTE CHRETIENNE (UN THEOLOGIEN DE GENIE).

 L’auteur Marguerat (1999) va plus loin en affirmant que la destinée de l’Occident n’aurait pas été ce qu’elle fut et ce qu’elle est  sans le génie de Paul à penser radicalement « LE SORT DES HUMAINS DEVANT DIEU ».

 

II- PAUL DE TARSE, UN CITOYEN DU MONDE

Paul serait né probablement vers l’an 7 de notre ère et pourrait donc être de 12 ans plus jeune que Jésus, le Christ. Malheureusement leurs chemins ne se sont jamais croisés. Tout sépare Jésus de Paul (naissance, culture, métier, origine, langage). Le Ier est galiléen, pays de lac et de villages. La Ville de Jérusalem ne devait pas lui être familière. Paul quant à lui est citadin, de tarse en Asie mineure. Intellectuel de haut rang, pharisien, membre de ce groupe que Jésus affrontera si souvent ! Jésus a le langage de la terre et de l’eau. Ses paraboles parlent des noces dans les villages, des chômeurs attendent l’embauche, des semailles difficiles, et du berger comptant ses moutons le soir venu. Paul quant à lui, il évoque les maisons et les marchés, les maîtres et les esclaves, les routes, les sanctuaires dominant la cité.

Dans l’Antiquité pour bénéficier d’une bonne éducation et d’une Instruction d’une grande qualité , il fallait répondre aux critères suivants :

- être du bon sexe

- être d’une famille aisée

- habiter un bon lieu

- être un homme libre (non esclave).

Paul réunissait toutes ces conditions. Aussi, il jouit de deux cultures : romaine et juive. Ce qui fait de lui, le citoyen du monde connu à cette époque là. Paul, l’asiatique de tarse, souvent comparé à Philon, le philosophe l’africain d’Alexandrie et à l’historien Flavius Josèphe (le juif de Rome) peuvent être considérés comme des passeurs de mémoire et de conviction d’un monde à l’autre.

Tarse où a grandi Paul est une ville-carrefour où on vit tourné vers l’ouest, Rome. D’où, d’ailleurs, pense-t-on que Paul évangélise dans des villes et ensuite il s’oriente vers Rome.

En ce début du christianisme, ou  Paul commence son évangélisation, le visage du judaïsme ancien est multiforme et présenterait plusieurs sensibilités. Nous pouvons citer :

1-    le paysan galiléen nationaliste ;

2-    l’aristocrate sadducéen  conservateur ;

3-    le sectaire de Qumrân

4-    le pharisien connaissant sa Torah sur le bout de doigt;

Paul a d’abord vécu suivant loi de la Torah et il le dit mieux que quiconque dans Ph 3, 5-6):

« …. Circoncis le huitième jour, de la race d’Israël, de la tribu de Benjamin, Hébreu fils d’Hébreux ; pour la Loi, pharisien ; pour le zèle, persécuteur de l’Eglise ; pour la justice qu’on trouve dans la Loi, devenu irréprochable ». Au vu de ce palmarès de Paul, peut-on vraiment parler de CONVERSION ou plutôt d’ILLUMINATION, de REVELATION et de VOCATION ou de TRANSFORMATION de Paul ? Finalement changer, n’est-ce pas regarder aujourd’hui différemment les mêmes choses qu’ hier ?

Dans Gallates (Ga 1, 15-16), il dit : « Mais quand Celui qui m’a mis à part dès le sein de ma mère et m’a appelé par sa grâce a jugé bon de révéler en moi son Fils pour que je l’annonce parmi les paiens… »

Du point de vue théologique, ce retournement de Paul peut donner  à penser 4 choses :

Primo, le lien répété entre l’illumination et la persécution des chrétiens. Est-ce le paroxysme de la répression qui déconstruit en lui son rapport à la Loi ?

Secundo, l’illumination a consisté à voir tout d’un coup que le le perdu du Golgotha était le fils, le Vivant, et que Dieu était du côté de la victime et non du côté des bourreaux !

Tertio, Paul renaît-, c’est la grâce. La renaissance est un pur cadeau. Ce que je suis devenu, dit-il, c’est la grâce qui l’a fait de moi (1Co 15,10) ;

Quarto, le lien qu’établit Paul entre révélation et vocation d’évangéliser les nations. Son regard sur Dieu change. Il découvre que le Dieu de l’alliance avec Israël veut faire alliance avec le monde entier et qu’il l’offre sans condition.

Cependant, tout doit se jouer entre deux pôles inconciliables : le Christ et la Loi ! La formule par laquelle Paul a cristallisé son choix est bien connu : L’homme n’est pas justifié par les œuvres de la Loi, mais seulement par le foi de Jésus Christ (Ga é,16). N’est-ce pas 2 époques de l’histoire du salut qui se trouvent ainsi distinguées par deux attitudes de vie :

=>la tentative d’être justifié devant Dieu par les œuvres de la Loi qui relèverait  de l’ancien temps (Ga 1,4 ; 6, 14) ;

=>la réception de l’Esprit par la foi qui caractériserait la nouvelle alliance (Ga 3, 1-5 ; 4, 1-7) ;    

        Par son slogan, Paul a donc le mérite d’introduire la notion d’une identité ouverte : Il n’y a plus ni juif ni Grec, ni esclave ni homme libre, ni masculin ni féminin (Ga 3,28 ; 1Co 12,13 ; Rm 10,12).Cette déclaration est révolutionnaire du point de vue théologique, pense l’auteur Marguerat. La Loi trie en effet selon les qualités alors que Dieu aime l’individu inconditionnellement, hors de toute prestation de sa part. Bien que le monde dans lequel vit Paul de Tarse est à identité fermée, certains n’hésitent pas à le juge quant à son discours relatif aux femmes ! Et pourtant, c’est un monde des différences fond é sur les acquis religieux, politiques, sociaux, économiques pouvant donner droit à des prérogatives ou des privilèges.

Paul de Tarse vient révolutionner car, sa théologie démontre que le « moi » résulte de l’approbation de Dieu, Seul qui permet la reconnaissance d’autrui comme d’un autre moi, un « toi » auquel Dieu consent, quelles que soient les différences qui nous séparent.

        Dans les communautés pauliennes, l’identité ouverte conférait à chacun une égalité de statut. Et le dispute corinthienne sur le port du voile ne doit pas occulter un fait d’importance primordiale : au culte de Corinthe, hommes et femmes prient, hommes et femmes prophétisent : ce qui est parfaitement inhabituel. Bref, la position de Paul de Tarse quant à l’autorité de la femme dans certaines religions est nettement plus progressiste deux mille ans après!

 

III- L’APOTRE PAUL, EST-IL L’AME DAMNEE DE L’ANTIJUDAISME OU L’AUTEUR PRESUME DU DIVORCE DE L’EGLISE ET DE LA SYNAGOGUE ?

Il est vrai que la doctrine paulienne de la justification hors la Loi ait fonctionné comme une arme idéologique antijuive. De là, faire porter à Paul seul le chapeau, cela me parait très réducteur. A cet effet, l’auteur se pose deux questions :

-         est-ce qu’il se pourrait que le mépris du judaïsme ait imprégné jusqu’aux textes fondateurs de la foi chrétienne ?

-         que faire si la médiation du Nouveau testament instillait en nous, en notre insu, la haine du juif?

          Mais, on ne rencontre dans les écrits de Paul ni généralisation sur « les juifs » (sauf chez 1Th 2, 14-16), ni image négative d’Israël, ni agressivité antijuive. Il ajoute en affirmant dans Rm 7, « ce n’est pas la Loi qui est mauvaise, mais le péché qui agit en moi et qui me fait accomplir non pas le bien que je veux , mais le mal que je ne veux pas ». Ainsi donc Paul marque le plus fortement son écart avec la théologie juive. Il va effectivement conceptualiser ce qui sépare la foi juive de la foi chrétienne ! A cet effet, il aura permis au Christianisme de penser la rupture qui s’est produite  après, de la comprendre, et de la justifier théologiquement.

Ce qu’il faut retenir est que certains juifs ont reconnu le bien fondé de l’universalisme des enseignements pauliens. Je m’en voudrais de ne pas citer ce juif américain, Daniel Boyarin (1994) qui écrit dans un livre consacré à Paul de Tarse : cet apôtre serait la source de l’universalisme occidental.

 

IV– UN DES MERITES DE PAUL EST D’AVOIR FAIT RESSURGIR FAIT UNE MEME GRACE QUI FONDE L’HUMANITE

        La théologie de Paul relève dans la figure d’Abraham n’est plus celle d’exclusion d’une double signification, à savoir: celle d’inclusion et d’intégration. Dieu se révèle comme celui des juifs et des païens. Ce qui signifierait aussi qu’il faudrait un peu plus d’humilité dans le principe incontournable de tout DIALOGUE INTERRELIGIEUX. Il doit se baser sur la reconnaissance de que l’absolu nous échappe, que nous sommes les uns et les autres, en deçà de nos différences durcies par l’histoire, redevables d’un geste de grâce immérité et qui nous fonde.

 Conclusions

Quesnel, 2008 affirme qu’incontestablement, St. Paul est le « père de la théologie dogmatique chrétienne». Becker, 1992 écrit : Paul,« l’Apôtre des nations ». C’est sous sa plume que des nombreux concepts, pourtant absents des Evangiles, sont entrés dans le vocabulaire et la pensée théologique de l’Eglise. Nous citerons :

-         primo, la « rédemption »

-         secundo, la « justification »

-         tertio, la « conscience »

-         quarto, la « grâce » et

-         quinto, la « liberté ». Bref, à partir de ces mots et d’autres semblables, la doctrine chrétienne s’est peu à peu formulée et le discours chrétien a pu se doter d’une ossature, d’une cohérence.

            Chez Paul tout est relu à travers le mystère pascal. Cette théologie christologisée, dira Spronck (2008), au cours d’un séminaire organisé pendant l’année 2008, consacrée à l’apôtre Paul, trouve son véritable point d’ancrage dans un « événement de grâce », qui n’est autre que l’expérience éblouissante du chemin de Damas (Ac 9, 1s) : Saul, l’intellectuel cultivé, le pharisien de haut vol, est littéralement « saisi » (Ph 3,12), non par une doctrine, mais par quelqu’un : Jésus-Christ en personne. Rencontre bouleversante qui va être la véritable « matrice » de toute la théologie paulienne, qui va en définir les grandes lignes que nous connaissons : primat et surabondance de la grâce divine (Rm 5,20), justification par la foi (Rm 3, 21s., Ga 2, 16, sens du corps mystique du Christ (1Co 12, 12s.), évangélisation des nations et destinée eschatologique du peuple hébreu (Rm 9-11). On peut affirmer haut et fort que ces différentes thématiques théologiques n’ont rien perdu de leur actualité.     

     

Références bibliographiques

Quesnel M. 2008. Saint Paul et les commencements du christianisme. Paris, Desclée de Brouwer-Bellamin, 2008 ; 162p.

Marguerat  D. 1999. Paul de Tarse, un homme aux prises avec Dieu, Ed. du Moulin, 1999.

Spronck, J., 2008. « Saint Paul le théologien ». Article pour Eglise de Liège- octobre 2008.